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   INTERVIEW DU 13 NOVEMBRE 2021

La création ça me permet de prendre de la distance avec ces petits moments de vie dans lesquels on se sent complètement à côté de la plaque, dont on arrive à voir le fonctionnement mais comme on en a une vision un peu décalée, ce fonctionnement paraît pas complètement cohérent. Voire absurde… Donc créer ça me permet de pouvoir le relativiser, le remettre en perspective.

Quand je crée c'est d’abord pour moi, pour pouvoir effectivement digérer tout ça, et mieux le comprendre aussi, et je pense que le public à ce moment là viens dans un deuxième temps, mais toujours pour soi...

J'ai une cinéphilie qui est présente depuis mon plus jeune âge. J'ai compris ça beaucoup plus tard mais c'est vrai que cette découverte du cinéma, m'as permis à moi et toute une frange de gamin de cette génération, qui ce sentait un peu à la marge, de pouvoir enfin poser une compréhension du monde qui les entourait, qu'on avait pas forcement parce qu'on avait tendance à ce sentir en décalage et pas tout à fait comprendre ce qui se passait autour de nous... On est enfin tombé sur des films qui exprimaient qu'on était peut être pas tout à fait les seuls à pas comprendre où on en était. Donc de se rendre compte qu'on était pas les seuls à être en décalage. C’est quelque chose qui nous a beaucoup réunis avec certains, donc je dirais que c'est comme ça dans un premier temps que la cinéphilie m'a forgé, m'a permis de mieux comprendre le monde qui m'entourait.

C'était aussi l'occasion de découvrir que certains films pouvaient s'adresser directement au spectateur et avaient des choses à leur dire. Pas forcément des choses revendicatrices, mais on s'est rendu compte qu'effectivement un film pouvait te parler en tant que spectateur, et ça c'était assez fort. Ça voulait dire que derrière t'avais un réalisateur qui te parlait, un réalisateur donc un être humain, avec des émotions, une vision du monde etc, qu'il te balançaient effectivement via ce film. Donc du coup tous les éléments du film, que ce soit la photo, tout ça, ce sont des instruments pour te faire comprendre des choses. Et ça c'était le premier gros révélateur du fait que le cinéma était peut être plus qu'un simple outil de divertissement.

C'est une fois sorti du parcours scolaire que ma cinéphilie est revenue et m'a permis de me donner des objectifs, de vie et professionnel. Ma cinéphilie m'a donné envie déjà de faire mes propres films, de raconter mes propres histoires, de montrer ma propre vision du monde et de mon environnement tel que je le comprenais, via effectivement la matière cinématographique. Donc très vite j'ai essayé de monter des projets de courts métrages, j'écrivais beaucoup etc, j'ai monté des projets qui n'ont jamais aboutis à l 'époque, mais c'était pas grave parce que ça me permettait de poser sur la table un vrai projet.

En 2013 j'ai intégré un BTS audiovisuel option gestion de production, donc en gros ça te forme à devenir producteur ou assistant réalisateur, moi je connaissais pas du tout la production à l'époque, et c'est un truc qui ne m’intéressait absolument pas mais je me suis dis « Bon, quitte à intégrer une formation audiovisuel et professionnalisante autant prendre ça ». Donc voilà j'ai rejoint la filière production, et il s'avère que c’était en adéquation avec ce que j'avais découvert de l'audiovisuel, ça complétait mes expériences précédentes, et ça m'a permis de mieux comprendre justement comment tu crées une œuvre audiovisuel finalement.

Ce que j'ai pas évoqué, c'est que j'ai été réal pendant mes années de BTS sur un court métrage. Ça à été une tanné ! Parce que du coup moi j'étais en production, j'étais entouré de techniciens, et le truc c'est que t'as l'impression que tout le monde connaît mieux le métier que toi, donc au bout d'un moment tu te fais dépasser, après c'est normal aussi, tu découvre etc.. Mais tu te fais dépasser, parce que du coup le mec en image il a son mot à dire sur le truc, et puis tu comprend très vite que « ouais mais toi t'es pas technicien donc du coup tu vois pas mais t’inquiète… », alors qu'en fait justement c'est ça que j'aurais dû tirer à l'époque comme leçon. Maintenant c'est intégré. Mais en gros c'est toi qui connais le mieux ce que tu veux faire et c'est à toi après à faire passer cette information là à ton équipe. C’est pas une histoire de hiérarchie pour le coup, mais c'est que c'est toi qui a une vision à partager et ton équipe t'aide à ça. C'est une situation que je voulais plus jamais connaître donc du coup je me suis réfugié pas mal dans l'écriture, parce que je me suis dis ça au moins c'est un domaine que je maîtrise de A à Z, on va me foutre la paix, et puis basta. Sauf qu'en fait non ! (rires)

De toute façon une passion c'est forcément individuel à la base, mais un peu comme tout tu peux pas le vivre entièrement seul, donc tu es obligé de partager, et à partir du moment où il y a partage, il y a compromis. La compromission passe par beaucoup de communication. C'est pour ça qu'un projet créatif, collectif, si il est bien géré, il doit y avoir beaucoup de communication. C'est pour ça aussi qu'il y a beaucoup de poste dans l'audiovisuel mine de rien, c'est pour mieux privilégier cette communication et cette compromission pour que chaque secteur puisse exprimer ces élans créatif aussi, tout en restant au service d'une œuvre globale, mais voilà, il faut que tout le monde ait conscience effectivement de l'existence de cette globalité, de cette collectivité.

Faut savoir déléguer, c'est le plus dur ! C'est le plus dur de savoir déléguer, parce que ça veut dire quelque part aussi renoncer un petit peu à certaine vision pour admettre que la sienne n'est pas forcément la meilleure, mais aussi du coup pouvoir englober d'autres avis, toujours au service de cette même œuvre. Et des fois on peut se retrouver face à des personnalités un peu plus égotistique qui vont avoir du mal à déléguer, et c'est là que ça peut coincer.

Alors ce qui est intéressant avec l'écriture c'est que, comme je l'évoquais précédemment, c'est un truc ou tu peux te dire « on va me foutre la paix, je vais pouvoir créer tout seul », et ce qui est intéressant c'est qu'on se retrouve confronté à soi même, à ce qu'on a envie de voir aussi. Je sais que moi quand je crée, je m'interroge beaucoup sur ce que j'aime, ce que j'ai envie de voir et ce que j'ai retenu des œuvre que j'ai vu précédemment. Parce qu’il y a ça aussi. J'évoquais ma cinéphilie, j'ai vu quand même beaucoup d’œuvres, et du coup ça a plus ou moins « matrixé » ma façon de voir un film. Donc pour moi un film doit ressembler à telle chose, il doit y avoir telle image, telle son etc… Donc dès que j’écris je pense déjà à ça, je m'interroge sur les œuvre que j'aimerais voir moi, donc j’écris toujours en fonction de ça. Ce que j’écris du coup c'est un peu un reflet de moi, de mes goûts, et de ce que je retiens du monde et de mes expériences. Ça peut paraître vachement masturbatoire de dire ça, de dire « ouais en fait ce que j’écris, ce que je crée, c'est un reflet de moi même », mais tu vas vouloir partager, et forcément y a beaucoup de toi dedans.

Je pense que ce qui me définit pas mal dans mon écriture et dans ce que je veux transmettre, c'est que j'ai une vision du monde qui est un peu décalée, du coup ce que j'aime beaucoup c'est prendre des situations banales, et les poussées à l'absurde, parce que c'est plus ou moins comme ça que je vois toute les situations et la vie en générale. Beaucoup de chose qu'on à tendance à prendre au premier degré et pourtant qui sont complètement dérisoire et absurde, et c'est un truc avec lequel j'ai eu beaucoup de mal pendant un moment, jusqu'à ce que je tombe sur des œuvre qui m'ont fait comprendre que j’étais pas le seul à avoir cette vision là. Donc j'avais beau me sentir être la marginalité, finalement on est quand même nombreux à être marginaux mine de rien ! C'est drôle en fait de la constater. J'avais envie de faire perdurer cette vision et que d'autres gens qui se sentait un peu comme moi et qui se disent « bah tiens, c'est bizarre, j'ai l'impression de pas percevoir le monde comme tout le monde », j'ai envie de leur dire « Bah non t'es pas tout seul, regarde, et puis voilà on va quand même bien se marrer parce que c'est pas parce que tu perçois pas le monde comme tu as l'impression que tu le devrais, que c'est une mauvaise façon de percevoir le monde, au contraire, même profitons en ! »

La première fois en fait que la critique de film m'a éclater, j'avais 14 ans, j'ai découvert dans un numéro de Playboy une liste des meilleurs films des années 90, avec pleins de descriptifs, et justement les descriptifs étaient très justes, et très teinté dans l'ironie etc, et aussi dans ce magazine que j'ai découvert par exemple « Donnie Darko ». « Donnie Darko » c'est un film que j'ai eu l'occasion de voir des années plus tard, qui est devenu un de mes films préférés, et du coup avec le recul, je me suis rendu compte que le mec qui avait écrit ces critique, dans un magazine où on s'attend pas forcement à tomber la dessus, bah ce gars là en fait, il avait une vision décalée que j'aime beaucoup, et qu'il avait envie de partager, quelque soit le moyen. Il s'est dit « merde, j'ai ce moyen là, mais je vais m'en servie ! » Et il l'a fait, et je pense qu'il devait même pas se douter que ça pourrait impacter de cette manière là une personne comme moi. Donc je me suis dis « Bah merde, moi aussi ça m’intéresse finalement, j'ai envie d'avoir cet impact là. ». Donc pendant mes débuts en production, je suis tombé un jour sur twitter, sur un blog qui cherchait un rédacteur en critique de ciné. C'était un blog plutôt orienté court-métrage et film d'auteurs, donc voilà, j'ai répondu à l'annonce, et comme je me reconnaissait pas vraiment dans ce que la personne traitait, je lui ai dis ouvertement, et je lui ai proposé de faire une rubrique qui s’appellerait ‘Retour vers la passé’, et qui était une rubrique qui mêlerait actualité avec un film qui traitait justement de cette actualité, mais assez ancien. Je crois qu'au début, c'était les premières fois où on commençait vraiment à parler régulièrement des violences policières, et du coup j'étais revenu sur deux films qui traitaient des institution policières mais de manière très différentes, y avait « Les Ripoux » d'un côté, film français, comédie des années 80, et « Police Academy », film vraiment gaudriole années 80, US. Donc voilà, je les ai jeté dos à dos et j'ai fait une critique comme ça qui a eu une bonne réception, du coup ça m'a encouragé à continuer. Donc voilà, au travers ces critiques, je continue de partager ma vision du cinéma, à partager ma vision du monde toujours décalée. Je continue aussi à cultiver cette humour un peu ironique pour ne pas faire décrocher la personne, aller un petit peu le ton etc, pour pouvoir donner des information qui même si elles peuvent paraître lourdes, à côté y a quand même un truc sur lequel se raccrocher pour que ce soit pas trop pris au sérieux, parce que le but au final c'est quand même de faire kiffer les gens, pas leur prendre la tête non plus quoi...

Donc là je me remet aussi à écrire, c'est dans mes projets actuels, des scénarios de films, dans l'optique cette fois ci de les mener jusqu'au bout parce que l'envie d'essayer est la plus forte et doit primer. Et j'écris aussi actuellement avec des amis une série, on est en train de faire le pilote, on va se faire un bible, donc l'écriture est assez complexe mais ça va être cool !

Le prochain projet je vois très bien comment le mettre en place, je veux depuis très longtemps produire des films aussi, donc le but étant de créer ma boîte de production pour déjà, au choix, soit faire mettre en scène des scénarios à moi, soit justement d'autre ceux d'autres scénariste, toujours dans cette optique de partager cette vision décalée, donc forcément je vais produire des projets qui me correspondent et qui me parlent, mais voilà, c'est toujours la même optique, partager avec le public une vision absurde etc... Donc voilà, la création de cette boite de production, ce serait l'achèvement je pense de mon projet global. Là de plus en plus, ce que j'aime bien c'est me servir de ce style que j'adopte et de cette volonté pour mettre aussi en avant d'autres films sont dans ce décalage dont je parle, ou qui sont vraiment à la marge, et qui pour moi ont de l'importance à être découvert. Par exemple là je sais que récemment je me suis vraiment cassé le cul à faire un rétrospective de Max Pecas, on m'a proposé un article qui avait pour thème l'Amour à la plage, et pour moi en mode ironique je me suis dis « Parfait, Max Pecas, comédies de vacance avec ados libidineux, je serais le ver dans le fruit quoi » clairement c'était une démarche de petit con, et du coup je me met à regarder du Max Pecas, mais je regarde les premiers, pas ceux du catalogue Canal+, où je vois quelque chose de génial et triste en même temps : un mec qui a voulu faire du cinéma, mais qui a jamais eu les capacité pour, et du coup qui a essayé de grappiller à droite à gauche, qui perdurera pas quoi en fait. Et du coup j'ai trouvé ça triste et quelque part, je me suis un peu identifié aussi à ce réalisateur qui aurait un peu raté, mais qui aurait pu être le réalisateur que j'aurais été si j'avais continué dans cette voie là, et du coup j'ai eu envie d'écrire pour mettre en avant les bons côté qu'il y avait dans ce que Max Pécas avait essayé et lui reconnaître le fait qu'au moins, il a essayé. Et je trouve ça super important, et je trouve que c'est un truc qui devrait tous nous motiver. C'est que le mec, il s'est lancé dedans parce que c'est ce qu'il voulait faire et il l'a fait. D'ailleurs même lui était très conscient de sa situation et du coup y a une super belle citation : « Des fois on se met à jouer au Tennis en rêvant qu'on est Borg ou Connors, puis finalement on se rend compte qu'on sera jamais ni Borg ni Connors, mais on continue le tennis parce qu'on aime juste ça. » Et je trouvais que c'était juste excellent.

 

Je m'appelle Patrick, j'ai 32 ans et je crois que je suis critique de ciné et un peu scénariste aussi.

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