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   INTERVIEW DU 11 FEVRIER 2022

La première fois où j'ai écrit un texte c'était le lendemain de la diffusion du clip de Michael Jackson, Thriller. Il y avait une émission qui s'appelait les enfants du rock, et les enfants du rock diffusait en exclusivité le clip de Thriller de Michael Jackson, c’était en 84 85. Et donc j'ai été scotché visuellement par le clip, et le lendemain, j'ai écrit mon premier texte qui s'appelle Le retour des morts vivants, qui est plutôt rock, pas du tout hip hop, parce qu'à cette époque là je suis inspiré par ce  qu’écoutes mes frangins, donc mes frangins ils écoutes de la funk, mais il écoute aussi du rock, du hard, ils les écoute un peu tout, et donc je suis pas encore estampillé hip hop. Mais j'ai besoin d'un contact avec la feuille, donc je dessine, j'écris, mais là c'est mon premier texte vraiment construit, qui sort vraiment de nulle part. Avant j'écris pas beaucoup, c'est vraiment ce truc là le déclic.

Côté écriture, après le texte que j'ai écrit après le tube de Michael Jackson, il se passe pas vraiment grand chose, c'est plus la partie graphique, avec l'arrivée donc des graffitis dans la rue, des reportages de temps en temps où tu vois ce qui se passe à new york, dans les films parfois tu vois un graffiti… C'est plus cet attrait là qui me titille. Si j'ai une feuille devant moi, que ce soit en réunion, en cours, dans la salle d'attentes de chez le médecin, n'importe où, je vais faire des tags, des graffitis, des petits BBoy, des machins, c'est essentiel, même si je n'ai pas de prétention là dessus, mais par contre je suis un gros kiffeur, et j'ai un gros attrait pour le graphisme. 

Et je me remets à écrire vraiment en 89, parce que j'aime bien la musique, j’écoute déjà un peu de rap, j'ai un pote de ma classe, Laurent, qui me dit “tiens écoute ça y a une émission le dimanche soir à 10h30 sur radio nova s'appelle les Deenastyle, et il ya plein de mecs qui rappent en français” et là quand je me mets à écouter cette émission le dimanche soir à 22h30, et c'est ma plus grosse, mais alors vraiment ma plus grosse influence. Et c'est ce truc quand j'écoute ce qui se fait en rap c'est la grosse claque, et à partir de ce moment là on va dire quasiment à 50 50, je dessine, je fais un graffe par soir, et j'écris

 

Au départ j'écrivais pas pour confrontés ça à un public en fait, j'écrivais pour sortir des trucs de moi, pour faire quelque chose, donc ce n'était pas le but. Un jour sur un terrain de basket, j'étais avec un pote qui s'appelle Franck, on rencontre Axis et Kesdo, on charrie un peu, finalement on voit qu'on a les mêmes affinités musicales, ils ont déjà un groupe je les rejoins. Et voilà. On commence à écrire un peu et tout ça, mais si tu veux le chemin entre le moment où tu écris et le moment où tu va enregistrer, avant, ça ne se fait pas comme aujourd'hui. Aujourd'hui tu écris un texte, tu vas l'enregistrer sur ton téléphone, tu vas te filmer, ce soir la vidéo elle est sur youtube, ton premier texte il sera peut-être écrit aujourd'hui. A l'époque, mon premier texte, bon on va dire 84 85, mais on va dire plutôt de rap, 89, la première fois où j'ai dû aller en studio, c'était peut-être 91 92, donc la première fois où j'ai pu faire écouter à quelqu'un d’autre mon morceau, il a fallu trois ans. Donc la notion de public pour moi, elle vient très très très très tardivement. C'est déjà une notion personnelle. C'est-à-dire que quand j'écris un texte, le faire écouter aux autres c'est pas ma finalité, j'adore le faire pour ça, j'adore qu’on me dise “ton texte il est super” tout ça, mais avant tout, c'est de sortir le truc de moi. 

C'est à dire qu'au départ quand j’écrivais, la projection, elle se passe sur le week-end prochain en fait, c'est-à-dire “qu'est ce qu'on va faire ce week-end ? Bah on va écrire, on va répéter…” Elle se passe pas beaucoup plus loin, parce qu'on n'a pas d'exemple. A l'époque même je crois que c’est NTM, où on leur pose la question, ils disent “non mais à 40 ans on rappera plus quoi”, parce qu'il n'y a pas d'exemple à cette époque là de mecs en france qui ont 40 ans et qui rappent. Y avait pas de projection de “vouloir être”, par contre, il y avait une fascination, une attirance de la culture parce qu'à l'époque on n'était pas nombreux et on se sentait un peu… On se disait souvent que le rap était une mode. Sans être marginal, c'était pas monnaie courante en fait, le rap avait une mauvaise image, y avait pas d'ingénieur du son qui était spécialisée dans le rap, les gens étaient pas non plus hyper satisfaits, il y avait des émissions de radio qui se mettait en place, et les fanzines qui permettait de développer la culture, et c'était un truc vraiment sous le manteau, c'est les photocopies des photocopies avec les articles qui sortent, l'interview à était faites y a six à huit mois, mais le temps que ça sorte, c'est tout…  et c'est vraiment du bouche à oreille, et donc y avait pas de projection.

 

Je mettais toujours très très longtemps à dire que j'étais rappeur, et vraiment encore jusqu'à il y a une dizaine d'années, il y a des gens je traînais avec eux tout le temps, et même les gens du taf, pourtant je travaillait en maisons de disques, ils ne savais pas que j'étais rappeur. C'est pas un truc que je revendique spécialement en m'imposant, parce que ça me définit d'une certaine part, mais je trouve ça aussi restrictif en fait d' autre part. C'est comme quand on me dit “ah tiens tu fais plus rien, t’as plus rien sortis depuis des années”, je dis peut-être que j'ai plus rien sorti, mais j'ai pas fais plus rien, parce qu'entre temps je sais pas, j'ai eu une fille, j'ai fait des trucs, donc c'est la partie musicale, et y à la partie vie après.

Rappeur moi ça a jamais été mon métier, ça m'a pris parfois énormément de temps, parfois beaucoup moins, mais je me définis effectivement plus par mon taf, je sais pas pourquoi.

Après j’apprend aujourd'hui à le dire beaucoup plus rapidement dans une conversation, que je suis un rappeur en fait, parce que j'ai vu des gens absolument pas talentueux, mais c'est la référence, alors maintenant bon quand on me demande, je dis “ouais je fais du rap aussi” enfin je me dévoile un peu plus que je ne le faisais avant, parce qu'avant je le faisais pas.

 

J'ai essayé plusieurs fois de commencer un projet solo, et à chaque fois que j'ai eu un projet collectif, j'ai donné mes solos au projet collectif, et je suis plus porté par le projet de groupe parce que si tu veux, quand tu es dans un groupe, quand tu prends des critiques, qu'elles soient positives ou négatives, elles vont être quand même pour le groupe. Quand tu es en solo, quand tu prends des critiques positives ou négatives, elles vont être pour toi, et prendre des critiques négatives, ça peut être blessant, et prendre les critiques positives, ça peut être aussi gênant. J'en suis revenu parce que voilà, j'aimerais bien avoir mon petit projet et mon truc, mais c'est vrai que je suis plus porté par le collectif, parce que j’aime être en studio avec mes rappeurs préférés, parce que je suis hyper content d'être aux premières loges, d'être le premier à écouter le texte qu’ils viennent de poser en fait. et ça me motive, j'aime bien cette émulation. Et de mon côté, je me trouve un peu relou au bout de trois morceaux solo à moi, ça nécessite un travail je pense différents, pour creuser des thèmes différents, des flows différent, des ambiances différentes, et puis pour le coup, c'est aussi peut-être une peur d'être, voilà, aussi complètement complètement jugé sur “c'est bien c'est pas bien”, mais c'est une approche différente. Après j'y suis là, j'ai commencé à le travailler, mais j'aime bien aussi cet aspect de liberté, parce que il y a des ambiances, on a notre notre adn commun tous dan ATK, mais on a aussi nos particularités, et parfois notre particularité, elle peut ne pas aller dans un album commun.

Je faisais la réflexion tout à l'heure, ils vont pas être si nouveaux que ça mes sujets, mais on est tellement nombreux que c'est pas grave si je reste dans mon créneau, et mes sujets de prédilection comme cela a toujours été notamment avec ATK,  il y a beaucoup de mélancolie, il y a beaucoup d'amitié, et qui se conclut toujours par une touche d'espoir, c’est pas de la mélancolie qui se veut, à la fin tu vas te jeter de la falaise, c’est de la mélancolie où à la fin tu es au bord de la falaise et tu vas t’envoler en fait. Et puis on voilà aujourd'hui j'ai plus j'ai plus vingt ans, j'ai plus du double, d'autres thèmes qui me tiennent à cœur, qui peuvent être autour de la paternité, autour de ce qui se passe dans ces âges là, et tout ça, des histoires de vie, et le but c'est d'être un homme normal, avec ses qualités et ses défauts, le but c'est d'être fidèles à moi même, sans être extravagant, et je pense que c’est ce qui a pu parler aux gens, c'est à dire qu’on n'avait pas un rap de super héros, on avait un rap de l'homme moyen. C'est dépeint comme du pessimisme, mais la conclusion est optimiste, ça va bien se passer. Donc j'ai pas forcément l'impression d'avoir évolué dans les thèmes et la réflexion, même si comme je le vis tous les jours j'ai pas le recul, mais je pense que c'est des thèmes et des réflexions qui sont solides. J'aime bien aussi prendre des risques, pour sortir de ma zone de confort, c'est à dire que j'adore la mélancolie, j'adore comme je disais tu vois tous les instruments piano au violon, mais j'ai aussi beaucoup bossé avec des mecs comme James Delleck, le Jouage, Tacteel, qui font des instrus plutôt électro, et en fait quand les mecs te balancent des instrus comme, ça te force à changer ton écriture et ça te fait évoluer, des fois ça passe, des fois ça passe pas, et en vrai y a rien de critique, le seul truc c'est de prendre du plaisir voilà, et si ça fait kiffer deux trois personnes autour et bah tant mieux !

 

Salut je suis Thierry depuis 1976, Cyanure depuis 1989, ATK depuis 1995 et ATK for life.

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